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Publié par Karim Kherbouche

J’ai le souvenir de ce bureau de vote un après-midi d’élections municipales : il n’y avait que des vieux. Où étaient les jeunes ? Partis s’abstenir.

L’abstention est une tendance lourde et inquiétante, surtout chez les jeunes. Plus d’un jeune sur deux, parmi les 18-24 ans, ne va pas voter. Un écart de 20 points avec les plus anciens.

Si les jeunes ne vont plus aux élections, il faut que les élections aillent aux jeunes. Où sont les jeunes ? Sur Internet et les réseaux sociaux. A côté des traditionnels bureaux de vote, il faut ouvrir la possibilité de voter sur les réseaux numériques. Les « petites Poucettes » d’aujourd’hui (pour prendre l’expression de Michel Serres) sont les électeurs de demain.

Deux principales objections sont soulevées :

  1. Cela ne suffira pas à régler le problème de l’abstention. En effet, cela ne règle pas le problème proprement politique, celui des enjeux, de l’efficacité citoyenne, de l’éloignement du pouvoir, de la bureaucratisation de l’Etat. Sans doute. Pourtant, les modalités techniques ne sont pas sans effet sur les contenus et les enjeux, et l’on voit déjà qu’une part croissante du débat politique se reporter sur les réseaux où les jeunes interviennent plus. Les réseaux sociaux permettent plus de proximité et de participation, dans le sens d’une démocratie plus « directe » et plus proche des préoccupations réelles.
  1. Voter via Twitter et Internet serait risqué, exposé au piratage et autres manipulations. C’est l’objection de la sécurité et de l’anonymat du vote. C’est, ici, une question technique qui doit trouver sa solution. On a sécurisé le commerce, les impôts et les banques en ligne, pourquoi pas le vote ? Un ou deux jours dans l’année, ce n’est pas un problème technique insurmontable. L’Estonie utilise déjà le vote par Internet depuis 2005. D’autres pays, comme la Suisse, le Canada et le Royaume Uni y réfléchissent sérieusement et l’expérimentent.

C’est donc risqué, mais possible. Le plus grand risque serait de ne rien faire et de continuer à voir les élections dépérir peu à peu, et les bureaux de vote n’être plus fréquentés que par des vieux.

Cette solution numérique est possible, réaliste, efficace. Elle va aussi dans le sens inéluctable d’une démocratie numérique. Le débat démocratique s’est déjà déplacé des salles des fêtes et des meetings vers les réseaux sociaux. La logique veut que le vote suive cette voie.

Les réseaux numériques ont joué un rôle décisif dans les « révolutions arabes ». Le numérique doit passer de la révolution au fonctionnement ordinaire d’une démocratie.

Source : cliquer ici

Professeur agrégé en philosophie, Patrick Ghrenassia enseigne à l'IUFM de l'Université Paris-Sorbonne. Il a également enseigné au lycée ainsi qu'à l'Université Paris-Panthéon-Sorbonne. Intervenant notamment en histoire de la philosophie et en philosophie de l'éducation, il tient le blog "Bac 2013 : La philo zen" sur letudiant.fr. Suivre sur Twitter : @ghrenassia2

 

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