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Publié par Karim Kherbouche

Camus-Feraoun amisL’amitié entre Mouloud Feraoun et Albert Camus aura duré peu. Si elle n’avait pas débouché sur une rupture brutale et critique au moment où Camus recevait le Nobel de littérature, elle s’était déroulée dans la sérénité.

Feraoun, pour sa part, publiait Les chemins qui montent, son troisième roman, où la critique du colonialisme est sans appel. Entamée en 1951 par une timide et contrite lettre, la correspondance entre les deux écrivains - dont on n’aura et à ce jour - que la version unilatérale de Feraoun puisque les lettres de Camus à ce dernier sont restées secrètes - un plaisantin affirme qu’elles auraient été affichées dans des maisons de la culture en Kabylie - (ce qui aurait conféré à cet acte un sens intolérable et inadmissible, car Feraoun est un auteur national et non régional encore moins régionaliste)- la correspondance s’interrompt (!?) pour la seconde fois après la dernière lettre de 1957, c’est-à-dire après les félicitations de Feraoun à Camus et avant la disparition de Camus dans le tragique accident de circulation en janvier 1960 près de Sens.

 

Depuis plus rien, ou du moins, rien ne nous est parvenu à ce jour encore. Dans la toute première lettre de 1951, Feraoun s’adresse à Camus. Mais la déférence n’occulte pas pour autant des vérités crues : « J’ai pensé simplement que, s’il n’y avait pas ce fossé entre nous, vous nous auriez mieux connus, vous vous seriez senti capable de parler de nous avec la même générosité dont bénéficient tous les autres. Je regrette toujours, de tout mon cœur, que vous ne nous connaissiez pas suffisamment et que nous n’ayons personne pour nous comprendre ». (M. Feraoun, Lettre à A. Camus, Taourirt-Moussa, le 27 mai 1951)

Etonnante lettre. Feraoun entre en amitié avec Camus sans la moindre complaisance. Mieux encore, cette incompréhension que Feraoun souligne en 1951 et qui plus est s’adresse au célèbre journaliste auteur de l’enquête sur Misère de la Kabylie n’est-elle pas la meilleure preuve de désaveu de cette enquête ou du moins de ses conclusions fort discutables ? Six années plus tard, six années de silence partagé et c’est Feraoun qui brise la camisole que s’était imposée A. Camus en proie à un profond sentiment de stérilité, dont il confie la douleur et la profondeur à son ami René Char.

A l’occasion du prix Nobel, Feraoun écrit à Camus sa deuxième lettre que A. Kassoul commente comme suit : « Six ans plus tard, Mouloud Feraoun écrit à Camus le 30 novembre 1957 : ‘’Cher ami, N’attachez aucune importance, aucune signification au silence des écrivains musulmans’’ (Lettre à Camus, 1957, p. 206) Ce jour-là, l’amitié est présente, même si elle reste formelle. Feraoun se soucie de l’état d’esprit de l’exilé parisien. Trois années après le déclenchement de la révolution armée, Camus paraît inquiet du silence des « écrivains musulmans », lui qui avait imposé une inexistence muette aux indigènes musulmans dans l’univers de la création.

Ni le reproche ni l’humour ne sont présents à ce nouveau rendez-vous épistolaire. Tout se passe comme si - à la faveur de quel événement précis ? -, Mouloud Feraoun venait en aide à un ami en proie au désarroi. « Lorsque Roblès, notre ami commun, me parle de vous, il me rapporte jusqu’à vos secrètes pensées que vous ne lui celez jamais et j’en suis arrivé à être au courant de vos opinions, de votre angoisse, de votre souffrance. Croyez-vous que vos confrères vous connaissent de la sorte, même s’ils vous comprennent et vous apprécient mieux que je ne puis le faire ? » (Lettre à A. Camus, 1957)

Les accents de sincérité ne trompent pas et nous rendent encore aujourd’hui, dans toute leur force, la présence d’un homme rayonnant de chaleur humaine et qui, tel un bon maître, poursuit sa leçon. A un Camus souffrant, il raconte l’histoire vraie d’une fille de « terroriste » sauvée par des soldats et des médecins français, tandis que dans la logique de la guerre le père mourait sous la torture.

« Des histoires de ce genre, ou d’un autre genre, il y en a des centaines comme vous savez. Elles ont toutes le même caractère, le même visage : l’image de votre pays. Un matin, j’ai vu sur ce visage crispé se dessiner un imperceptible sourire qui n’était pas de douleur, c’était l’annonce du prix Nobel. Alors je me suis précipité à la poste pour envoyer mon télégramme sans en avoir soufflé mot à personne. Avec l’espoir qu’il vous apportera à son tour, ce sourire imperceptible. » (Lettre à Camus, 1957)

par M. Lakhdar Maougal, El Watan

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Rachid Tighilt 02/06/2011 18:19



Remerciements
TIGHILT Rachid
Désolé de passer à coté de ce "trésor" que je découvre un peu tard. Grâce à ce blog j'espère pouvoir me rattraper (sur certains aspects). Merci infiniment.
Bon courage cher ami. Tanmirt annect ilats.



jacqueline 01/06/2011 12:43



Bouleversant article que vous avez rapporté...On a trop reproché à Camus d 'avoir occulté le problème algérien dans son œuvre...mais n'oublions pas qu'il était un philosophe et que ses Chronique
sur la misère des Algériens lui valut son renvoi du journal où il écrivait...Il y a chez Camus ce mélange d'éducation européenne et de participation sincère aux malheurs des autres et surtout ce rêve impossible de faire cohabiter dans la paix les enfants nés sur la terre d'Algérie. Une utopie que les intérêts économique et la myopie de la France ont
bafouée. La prétention des gouvernements français successifs ont été notre malheur mon cher ami . je leur en veux davantage qu'aux aspirations légitimes des Algériens à recouvrer leur liberté. Nous avons été les Algériens et les
Français d'Algérie victimes de la même imbécillité qui a fait verser tant de sang innocent...


 A
bientot



Karim Kherbouche 02/06/2011 18:15



Bonjour chère Jacqueline,
Vous avez tout à fait raison d'employer le pronom "on" pour désigner les détracteurs de l'écrivain algérien Camus. Ces gens-là qui, au lieu de dénoncer la corruption de ceux qu'ils
soutiennent s'en prennent à un intellectuel qui ne fit qu'essayer de contribuer à éclairer ses compatriotes algériens sur les questions de liberté. Ces gens-là ne font point mal à la France
coloniale qui n'existe plus que dans leur petites cervelles d'oiseau mais ils nous rendent la vie impossible dans ce pays à nous qui avons décidé d'y vivre contre vents et
marrées.    
"Si j'avais à choisir entre ma mère et la justice, je choisirai ma mère", j'aime bien cette sagesse de Camus.
L'Algérie ne peut retrouver la paix et la prospérité que lorsqu'elle cessera d'exclure ses propres enfants, quelque soit leur langue, leur origine, leur obédience politique... L'Algérie,
c'est celle des Massinissa, des Mohamed, des Jacqueline...
Merci de vos commentaires toujours intéressant
A très bientôt chère soeur